Rencontres de Géographie de la Santé>
Analyse des mécanismes liant criminalité, hostilité des quartiers et caractéristiques de l'environnement bâti à la santé mentale
Paul Rodrigues  1, 2@  , Carolyn Côté-Lussier  2, 3, 4@  
1 : Université de Caen Normandie - UFR de Sciences Économiques, Gestion, Géographie et Aménagement des Territoires
Université de Caen Normandie
2 : Urbanisation Culture Société - INRS
3 : Centre international de criminologie comparée, Université de Montréal
4 : Regroupement intersectoriel de recherche en santé de l'Université du Québec

La criminalité dans les quartiers, les facteurs de stress qui y sont liés ainsi que l'environnement bâti, notamment la marchabilité, la végétation et la luminosité nocturne, sont des déterminants importants de la santé mentale. Bien que plusieurs cadres théoriques suggèrent des effets directs et indirects de ces facteurs, les recherches empiriques sur les mécanismes par lesquels ils influencent les individus demeurent limitées. L'objectif de cette étude est donc d'analyser les associations entre la santé mentale de personnes résidant à Montréal (Canada), la criminalité dans les quartiers, les facteurs de stress liés à la sécurité et les caractéristiques de l'environnement bâti, en estimant simultanément les effets directs et indirects. Un second objectif est d'évaluer si ces associations varient selon le genre.

Cette étude couvre l'ensemble de l'île de Montréal. Les données individuelles, décrivant la santé mentale, la sécurité perçue et plusieurs covariables sociodémographiques, proviennent de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (2015-2016). Pour chaque participante et participant, des quartiers égocentrés ont été définis à l'aide de zones tampons réticulaires de 1000 m. Plusieurs indicateurs ont ensuite été dérivés pour chaque quartier à partir de sources de données variées : niveau de criminalité, niveau d'hostilité et trois caractéristiques de l'environnement bâti (marchabilité, végétation, luminosité nocturne). Des modèles d'équations structurelles ont été élaborés afin d'estimer simultanément les effets directs et indirects des caractéristiques des quartiers sur la santé mentale. Les analyses ont été réalisées séparément chez les hommes et chez les femmes afin d'évaluer les différences selon le genre.

Les résultats suggèrent que la criminalité dans le quartier et la sécurité perçue sont directement associées à la santé mentale des hommes, mais pas à celle des femmes. Par ailleurs, l'hostilité dans les quartiers, la végétation et la marchabilité sont indirectement liées à la santé mentale des hommes via leurs associations avec la criminalité et la sécurité perçue. Les résultats montrent également que l'hostilité dans les quartiers et la marchabilité sont directement associées à la sécurité perçue chez les femmes comme chez les hommes, tandis que l'effet du niveau de végétation sur la sécurité perçue s'explique en partie par son association avec l'hostilité dans les quartiers.

Ainsi, l'environnement bâti, en particulier la marchabilité et la végétation, ainsi que la criminalité et le niveau d'hostilité des quartiers, constituent des déterminants importants de la santé mentale. Des interventions visant à améliorer le cadre bâti, par exemple par la végétalisation, pourraient améliorer les conditions de vie, réduire la criminalité et les facteurs de stress qui y sont liés, et ainsi favoriser la santé mentale des populations locales. Une approche fondée sur l'équité, ciblant les milieux les plus à risque et les populations les plus vulnérables, serait particulièrement pertinente pour réduire les inégalités de santé.


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