Pensée et Créée ex-nihilo comme une ville verte, la ville de Yamoussoukro est aujourd'hui soumise à une forte urbanisation en constante évolution. Les différentes mutations géographiques ont conduit essentiellement à structurer la ville en deux grands paysages. Cette dualité de paysages urbains est constituée d'un noyau ancien (quartiers Habitat, Dioulakro, Nzuessi, Ngokro et Morofé) densément peuplé et fortement dégradé et d'une trame nouvelle formée de quartiers moyennement denses et beaucoup moins impactés. Dans le noyau originel, sont observées des densités démographiques dans des habitats de «cour» (exposant à une forte promiscuité), des canalisations saturées, des dépôts sauvages d'ordures ménagères et des zones marécageuses, principaux lieux de rejet. Par contre, dans la périphérie globalement non connectée au réseau d'égouts, l'environnement physique parait encore moins impacté par l'action humaine. Pourtant la dégradation du cadre de vie, l'évacuation des eaux pluviales, des eaux usées, des ordures, des excrétas humains, peuvent avoir des conséquences négatives sur la santé des populations urbaines. Quelle est alors la situation sanitaire dans ces ensembles ? Les cas de santé pour des pathologies environnementales comme le paludisme sont-ils liés aux caractéristiques physiques dans ces espaces ? L'étude a pour objectif général de cartographier les cas de paludisme à l'échelle des quartiers et déterminer un lien éventuel avec la dégradation du cadre de vie.
La démarche méthodologique adoptée se fonde sur une approche géographique qui tente de cerner les malades dans leur environnement physique, social, économique et politique pour présenter une vue globale de l'organisation et du fonctionnement du système de santé. En s'inspirant de la démarche de la géographie de la santé notamment la géographie de l'offre de soins, il s'agit de mettre en évidence des inégalités de santé en cernant des populations et des espaces à risque pour une compréhension globale des déterminants de santé. La méthode de collecte des données s'appuie sur un recueil simultané de données provenant des centres de santé primaires (localisation des structures, morbidité diagnostiquée, offre de soins, desserte médicale, etc.), des professionnels de la santé (paquet minimum d'activités, prestation de soins), des patients en consultation (choix de recours aux soins, qualité de la prise en charge, etc.) et des ménages (morbidité rapportée, facteurs déterminant les recours, qualité des soins, organisation du système de santé). En s'appuyant sur la pathologie la plus fréquente (le paludisme), considérée par ailleurs comme le plus grand problème de santé publique pour les populations, les praticiens et les décideurs, la démarche méthodologique combine cinq niveaux d'information. Ce sont : une recherche documentaire, une collecte de points GPS, des observations directes, des entretiens semi-structurés avec des praticiens, des patients en consultation et une enquête multidisciplinaire transversale auprès des ménages. Pour analyser le lien entre la dégradation du cadre de vie et le paludisme, nous aurons recours à la régression linéaire visant à établir la corrélation entre des variables (dépendante et indépendantes). Pour y parvenir, nous allons mettre en rapport les données chiffrées des malades du paludisme par quartier et les indices de spatialisation du niveau de dégradation des quartiers de la ville.
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