Rencontres de Géographie de la Santé>
Qui veut (vraiment) la peau de la tuberculose bovine? Une enquête sur le difficile contrôle d'une maladie zoonotique et la territorialisation de sa gestion en Argentine à travers le concept de citoyenneté biosécuritaire.
Marie Gisclard  1@  , Maria Victoria Vignolo, Ana Maria Canal@
1 : AGIR
INRAE

Parmi nombre de maladies infectieuses animales, la tuberculose bovine (Mycobacterium bovis) se caractérise par les difficultés de gestion et les luttes au long cours qu'elle impose à des systèmes de gouvernance sanitaire très variés, dans des contextes géographiques et productifs très différents (Ciaravino et al., 2017 ; Enticott, 2008 ; Mlala et al., 2022 ; Robinson, 2017). En Argentine, elle cause des pertes économiques au secteur de l'élevage bovin qui occupe une place importante dans le régime agro-exportateur national et a une incidence non négligeable sur la santé humaine. Alors que ses conséquences économiques, sur la santé publique et sur les échanges internationaux devraient inciter tous les acteurs de sa gestion à viser son éradication, les difficultés à faire baisser son taux de prévalence interrogent sur la réelle volonté de mieux la contrôler et sur les difficultés particulières qu'elle pose aux acteurs. Au-delà de classiques travaux en épidémiologie, en sciences vétérinaires, et des données statistiques informant sur la présence de la maladie dans les différentes provinces, peu de travaux de sciences sociales éclairent sur les difficultés de gestion de la tuberculose dans ce pays. Cette proposition de communication vise à mettre au jour et analyser les freins à l'application des normes sanitaires et les ressorts d'une situation de « vivre avec » qui semble s'être installée, en se focalisant sur la province de Santa Fe, une des principales régions d'élevage du pays, où un plan provincial vient pourtant s'ajouter aux normatives déjà en vigueur au niveau national. Les principes de gouvernance de la maladie relèvent d'une approche néolibérale de la santé (Maye et al., 2014) qui passe par la standardisation internationale des outils de gestion et de diagnostic, dans lequel l'accès au marché et la responsabilisation des éleveurs sont des éléments centraux. Dans le même temps, des rapports d'experts locaux encouragent à une approche plus territorialisée (Ministerio de la producción de Santa Fe, 2008) sans donner lieu à de véritables changements dans ce sens. En s'appuyant sur le concept de biosecurity citizenship (citoyenneté biosécuritaire) (Shortall & Brown, 2021), qui fait référence à la volonté individuelle de contrôler une maladie pour le bien d'une communauté particulière, nous analyserons la façon dont les différents acteurs de la gouvernance (éleveurs, vétérinaires, contrôleurs, etc.) de la province de Santa Fe perçoivent le problème de la tuberculose et mettent en œuvre les normatives prévues pour les gérer, les raisons pour lesquelles ils les détournent ou les contournent ou pour lesquelles elles paraissent inefficaces. Nous verrons ainsi comment la dimension citoyenne de la biosécurité est mise en péril par différents types de transgressions de frontières (nationales, provinciales, de l'exploitation, mais aussi morales et éthiques etc.) par différents types d'objets et de flux (animaux vivants et carcasses, certificats d'indemnité, utilisation de lait etc.), mettant en échec les normatives nationales et provinciales visant à contrôler la maladie. Notre approche de la biosécurité citoyenne permettra de comprendre les leviers à actionner pour changer l'approche dominante de la maladie et proposer des pistes pour envisager sa gouvernance sur des bases territoriales.


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