Distribution de l'offre de soins modernes et accès aux soins à Bouaké
Kouassi Samuel Konan  1@  , Kouassi Arsène Adou  2, 3@  , Florence Fournet  4@  
1 : Université Alassane Ouattara
2 : Institut Pierre Richet (IPR), Bouaké
3 : Institut de Géographie Tropicale (IGT), Université Félix Houphouët Boigny, Abidjan
4 : MIVEGEC
CNRS-IRD-Université de Montpellier

La répartition de l'offre de soins à Bouaké, telle qu'elle apparaît aujourd'hui, est issue d'un long processus ancré à la fois dans l'histoire de la ville, des politiques de santé et d'urbanisation. Cet enchevêtrement se traduit par une distribution inégale de l'offre de soins du fait aussi de la politique d'urbanisation qui ne suit pas le rythme de croissance. À partir de la géolocalisation des structures de soins à travers une enquête rue-par-rue, leur répartition spatiale a été analysée selon la méthode du plus proche voisin et de l'indice de Ripley pour le statut de soins. Une enquête domicilaire a par ailleurs été conduite dans quatre sous espaces urbains identifiés à partir d'une typologie urbaine fondée sur des analyses multifactorielles.
Les résultats révèlent qu'à la dispersion spatiale des structures publiques, guidée par la politique de santé, s'oppose la concentration spatiale du privé. Du fait de ces deux dynamiques opposées, l'évolution de l'offre de soins modernes se fait en inadéquation avec le rythme de croissance urbaine. On observe ainsi une concentration des structures de soins au centre-ville et le long des grandes voies de communication qui laissent la périphérie et les zones difficiles d'accès en marge du processus d'équipement. Cette distribution de l'offre de soins peut être à l'origine d'inégalités dans la satisfaction des besoins de santé des populations. En effet, la croissance économique des décennies 1960 et 1970 a permis la densification de l'offre de soins publique à Bouaké. Mais cette dynamique s'est ralentie à partir de 1980 avec la chute de l'économie ivoirienne. Cette crise a réduit les finances de l'Etat et a eu pour conséquence la liberalisation du secteur privé qui visait à compléter la carte sanitaire publique. Si l'un des points forts de cette stratégie est la densification des structures de soins privées, la possibilité de fréquenter les structures privées souvent mieux équipées n'est pas garantie pour tous les ménages du fait des coûts élevés des soins qui y sont pratiqués. Ces ménages sont alors contraints de fréquenter les infirmeries, majoritairement représentées à Bouaké (89,6%) qui offrent des plateaux techniques et une capacité d'accueil limités. Aussi, l'inégale répartition des centres de santé publics, la non-disponibilité des médicaments, le mauvais accueil des soignants vis-à-vis des patients sont autant d'aspects qui encouragent ces derniers à ignorer l'existence de ces lieux formels. Les citadins ayant de faibles revenus recourent le plus souvent aux structures de soins lorsqu'ils sont gravement malades, pour la prescription d'analyses médicales. La fréquentation des structures de soins est ainsi réduite tandis que les pratiques traditionnelles et l'automédication s'intensifient. Ces stratégies révèlent ainsi des espaces et des populations défavorisés en termes d'accès aux soins.


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