Connaissances, attitudes et pratiques sur la rage dans trois réserves naturelles de la Région Menabe, Madagascar
V. Randriafaraniaina  1@  , Vincent Michel Rakotoharinome  2@  , Arlette Ravolatsara  1@  , Eric Cardinale  3, 4@  , Daouda Kassié  4, 5@  
1 : -
2 : Direction des Services Vétérinaires de Madagascar
3 : Réseau SEGA One Health Commission de l'Océan Indien
4 : Animal, Santé, Territoires, Risques et Ecosystèmes
Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement : UMR117, Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement : UMR1309
5 : Unité d'Épidémiologie [Antananarivo, Madagascar]  (IPM)
BP 1274 101 Antananarivo Madagascar -  Madagascar

La rage est une zoonose endémique à Madagascar et engendre entre 300 et 700 décès chaque année malgré l'existence d'un vaccin canin efficace. Le risque de transmission et l'impact de la maladie sont mal connus dans ce pays. Plusieurs organisations internationales ont lancé en 2015 un appel pour un monde indemne de rage humaine transmise par les chiens d'ici à 2030. Malheureusement, cette maladie demeure négligée et reste un problème de santé publique à Madagascar, malgré l'existence d'un système de surveillance passif. La méconnaissance de cette maladie et l'influence des facteurs socio-économiques pourraient rendre la rage endémique dans le pays. Pour évaluer les connaissances, attitudes et pratiques (CAP) des populations sur la rage, et identifier des outils de sensibilisation adaptés au contexte local, une enquête communautaire a été menée dans dix Fokontany couvrant trois réserves naturelles Alan'Ankisira, Alan'i Marosolaza et Alan'Andranomena de la région Menabe à l'ouest de Madagascar. L'étude s'est déroulée en deux phases du 5 à 29 Novembre 2020 (Baseline), puis du 5 à 22 Janvier 2021 (Endline).
Une population totale de 342 ménages a été enquêtée en Baseline. A la fin de cette phase, des messages de sensibilisation dont des émissions radiophoniques dans deux radios locales couvrant la zone d'étude, des flyers, des affiches et des projections vidéo ont été diffusés. En Endline 337 ménages ont été enquêtés avec les mêmes questionnaires qu'en Baseline. Des scores de CAP sur la rage ont été calculés à partir de questionnaires administrés aux participants.
L'étude a montré que les niveaux de CAP des populations ont été améliorés entre les deux phases, passant de 27% (en Baseline) à 66% bonnes réponses (en Endline). La moyenne de l'ensemble sur les Connaissances sur la rage est passée de 36% à 61% de bonnes réponses en Endline. Pour les bonnes Attitudes face à la rage, elles sont passées de 39% à 55%. Quant aux bonnes Pratiques, elles ont évolué de 7% à 81%. Les analyses multivariées ont révélé que le fait d'avoir entendu la rage était associée au niveau CAP sur la rage en première phase (OR=23,5 ; 95% IC=9,25-79,69 ; p<0,001). En deuxième phase, le fait d'avoir assisté à des campagnes de sensibilisation durant les trois derniers mois (OR=21 ; 95%IC=4,3-38 ; p< 0,001) et le fait d'avoir entendu parler de la rage (OR=6,7 ; 95%IC=6,3-14 ; p< 0,001) qui étaient associés au niveau CAP sur la rage.
Les résultats montrent une forte sensibilisation, 86,3% (291/337) des participants ayant entendu ou vu au moins un des matériels utilisés, dont le spot vidéo qui a le plus touché les populations sensibilisées à 85,6% (250/292). En dépit des améliorations de scores CAP dans tous les 10 Fokontany, il existe des disparités intra-Fokontany et entre Fokontany, témoignant de l'existence de spécificités locales à explorer et considérer dans la mise en place de politiques d'éradication de la rage. La sensibilisation de masse surtout dans le milieu rural reste néanmoins primordiale pour une meilleure communication dans la lutte contre la rage à Madagascar.


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