Une lecture du tournant urbain néolibéral à Sfax (Tunisie) au prisme de son secteur médical privé
Théo Maurette  1@  
1 : Pacte, Laboratoire de sciences sociales
Centre National de la Recherche Scientifique : UMR5194, Université Grenoble Alpes, Sciences Po Grenoble - Institut d\'études politiques de Grenoble, Sciences Po Grenoble - Institut d\'études politiques de Grenoble, Sciences Po Grenoble - Institut d\'études politiques de Grenoble, Sciences Po Grenoble - Institut d\'études politiques de Grenoble, Sciences Po Grenoble - Institut d\'études politiques de Grenoble, Sciences Po Grenoble - Institut d\'études politiques de Grenoble

Depuis la fin des années 1980, au moment du tournant libéral de la politique économique de son président Zine El-Abidinie Ben-Ali, la Tunisie voit croitre de manière exponentielle son secteur médical privé. Très largement soutenu par l'attrait d'une patientèle étrangère, ce secteur se concentre dans les principales aires urbaines du pays, et particulièrement à Tunis et à Sfax. Cette concentration bénéficie des effets de la densité des réseaux et moyens de transport dont disposent ces agglomérations ainsi que de leur capital humain. Il s'appuie sur un régime de captivité du personnel médical, des médecins, mais aussi des patients, notamment étrangers, dans des espaces restreints urbain spécifique et se spécialisant dans ce domaine.
Malgré sa dépendance à un contexte géopolitique fluctuant, notamment avec sa voisine libyenne, la médecine tunisienne se tourne en grande parti vers les marchés étrangers qu'elle tente de capter toujours plus loin, vers l'Afrique sub-saharienne et l'Europe, en particulier. Ce positionnement nécessite de proposer des prestations dépassant les seuls soins, et conduit au développement d'une infrastructure médicale particulière, centrée sur les polycliniques et leurs services périphériques paramédicaux, d'hébergement, et de mobilité des patients. Les stratégies déployées par les acteurs convergent vers la création de grand pôles médicaux regroupant ces activités au plus près de la clinique et étant intégralement détenus par des collectifs de médecins et de promotteurs actionnaires.
Cette forme de développement a accompagné les mutations urbaines observées en Tunisie à la fin du 20ème siècle, et devient même centrale dans les processus de croissance et de renouvellement que connaissent les métropoles émergentes comme Sfax. Dans un contexte de forte concurrence et de décentralisation, cette économie cristallise les enjeux convoqués à la croisée de ces deux contextes. La citadinité, la production urbaine, les luttes spatiales et politiques s'expriment au travers de cette économie et par toutes ses échelles, du riverain des pôles de santé, aux patients et personnels médicaux, jusqu'aux groupement d'actionnaires des polycliniques.
En s'appuyant sur cette description empirique, cette communication vient poser les grandes problématiques de mon projet de recherche, qui s'articule autour de trois champs dans la géographie contemporaine :
Celui de la géographie de la santé en premier lieu, qui interroge les effets sur la ville tunisienne du transnationalisme, de la privatisation et de la concentration de l'infrastructure médicale.
Celui de la transition libérale de l'économie médicale en Tunisie, en s'intéressant aux enjeux d'échelles entre les phénomènes macro et les mutation observées au prisme des individus.
Enfin, celui des modes de représentation et de production de l'espace urbain ordinaire. En questionnant notamment l'interaction entre la société civile et les grandes propriétés foncières dont les enjeux recoupent largement ceux de l'économie médical privée.
Cette communication sera également l'occasion de revenir sur les dispositifs méthodologiques et les perspectives d'innovations que suscite l'enquête sur un tel sujet.


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