Le recul des spécialités de ville en zone de sous-densité médicale : quel impact sur les trajectoires des usagers ?
Pauline Iosti  1@  
1 : Environnement Ville Société  (EVS)  -  Site web
Université Jean Moulin - Lyon III : UMR5600
UMR 5600 18 Rue Chevreul 69362 LYON CEDEX 07 -  France

Si le départ à la retraite et les « déserts médicaux » de médecins généralistes fait l'objet d'un intérêt important (par exemple : Robino et al., 2009, en Rhône-Alpes : ARS Auvergne Rhône-Alpes, 2018), moins de travaux scientifiques s'intéressent à la fermeture des cabinets de spécialité de ville. Pourtant, ces derniers tendent à se raréfier sous l'effet de dynamiques similaires à celles qui affectent la médecine générale (Bouet, 2021). Cette raréfaction a de fortes conséquences spatiales, tant pour les territoires qui accueillaient ces services que pour les usagers des spécialistes partant à la retraite, qui se voient contraints de reconfigurer leurs pratiques et parfois de franchir des distances accrues pour obtenir leurs soins habituels.

On étudie le cas du cabinet d'une rhumatologue de ville, qui exerçait dans la ville moyenne d'Ambérieu-en-Bugey (Ain) jusqu'à son départ à la retraite en juillet 2021. En effet, le département de l'Ain est une zone de faible densité médicale à l'échelle de la région Rhône-Alpes (Chasles, Denoyel et Vincent, 2013). Par ailleurs, la rhumatologie est une spécialité rare (IRDES, 2013), dont les effectifs réduisent (Bouet, 2021), et dont l'évolution récente des pratiques – comme l'utilisation croissante des échographies (Gabay et So, 2011) – induit une métropolisation croissante, notamment en milieu hospitalier. Pourtant, les rhumatologues assurent le suivi régulier de diverses pathologies chroniques (arthrose, ostéoporose, polyarthrite rhumatoïde, spondylarthrite, lupus), ainsi que de pathologies s'accentuant sous l'effet du vieillissement de la population.

Ce projet de recherche vise donc à analyser les conséquences spatiales de la fermeture de ce cabinet de spécialité de ville, pour le territoire local comme pour les usagers du cabinet concerné : de quelle façon les acteurs locaux de la santé ont-ils anticipé cette fermeture ? Comment les usagers ont-ils reconfiguré leurs pratiques suite à la fin de ce service : ont-ils changé de rhumatologue, ont-ils reporté leur suivi auprès d'autres médecins locaux, ont-ils renoncé aux soins ? Quels ont été les critères et les conséquences spatiales de ces choix ? Ce changement permet-il de mettre en évidence des inégalités dans l'accès aux soins ?

La méthodologie choisie articule méthodes quantitatives et qualitatives :
- D'abord, on étudiera par des entretiens semi-directifs la façon dont ce départ à la retraite a été anticipé par différents acteurs locaux : la rhumatologue en question, la clinique locale, les praticiens vers lesquels ont été redirigés la plupart des usagers, mais aussi les acteurs politiques locaux.
- Une collecte de données par questionnaire est prévue auprès des usagers ayant fréquenté ce cabinet au cours des deux années avant sa fermeture. Ce questionnaire envisagera la façon dont cet événement a modifié les pratiques des usagers, mais aussi les facteurs des choix opérés et l'existence d'inégalités dans la capacité des individus à faire face à ce changement.
- On réalisera finalement des entretiens semi-directifs auprès de patients atteints de pathologies chroniques, afin d'identifier de façon plus complète la façon dont leurs pratiques se sont reconstruites depuis ce départ à la retraite, tant en termes médicaux qu'en termes spatiaux ou biographiques.

Ce projet de recherche est en cours de construction. Cette communication présentera donc les fondements scientifiques de ce projet et les hypothèses qui le sous-tendent, ainsi que la méthodologie retenue. En fonction de l'avancée du projet d'ici le mois de mai 2022, une première série de résultats pourra être présentée.


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