Hiérarchie urbaine, ancrages régionaux : Des clés de lecture pertinentes pour la santé des étudiants ?
Stéphane Rican  1, 2@  , Myriam Baron  3@  , Léa Prost  3@  , Hélène Charreire  4@  
1 : Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès  (CépiDc)
Inserm : US10, Université Paris VII - Paris Diderot
94270 Le Kremlin-Bicêtre Cedex -  France
2 : Laboratoire Espace, Santé et Territoires
Université Paris Ouest Nanterre La Défense
92000 Nanterre -  France
3 : LAB'URBA  (LAB'URBA)  -  Site web
Institut d'Urbanisme de Paris (IUP), Université Paris-Est Marne-la-Vallée (UPEMLV), Université Paris-Est Créteil Val-de-Marne (UPEC) : EA3482
61 avenue du général de Gaulle 94010 Créteil Cédex -  France
4 : Lab'Urba, Institut d'urbanisme de Paris
Université Paris Est Créteil

D'importantes variations spatiales de santé ont pu être objectivées en France, à toutes les échelles, pour toutes les catégories de population. La distribution de ces disparités est marquée à la fois par la place que chaque territoire occupe dans la hiérarchie urbaine ainsi que dans son espace régional (Salem, Rican, Kurzinger, 2006). Cette hétérogénéité s'observe également dans la formation dans l'enseignement supérieur. Paris et les principales métropoles en région correspondent aux grands pôles de formations diversifiés, tandis que la plupart des villes moyennes peuvent être identifiées comme de petits pôles de formations supérieures spécialisés dans les débuts de parcours de formation ou dans certaines formations professionnalisantes.
Ce clivage se traduit-il par des écarts en matière d'état de santé ressenti des étudiants et de leurs comportements vis-à-vis de la santé (alimentation, activité physique, consommations de tabac et d'alcool) ? Par ailleurs dans le contexte de crise sanitaire subie depuis 2 ans, les difficultés rencontrées par les étudiants (approvisionnement alimentaire notamment) sont-elles équivalentes entre les différents
pôles de formation ?
L'analyse est menée à partir de l'enquête de l'Observatoire de la Vie Etudiante en 2020 auprès de 60 000 étudiants dans le cadre d'un échantillon représentatif de la population étudiante française ainsi qu'un sous-échantillon de 6 000 étudiants ayant répondu à une enquête réalisée juste après le premier confinement national (mars à mai 2020). Les étudiants ont été localisés à la commune de leurs lieux de formation. Les informations ont été traitées selon un maillage en Aires d'Attraction des Villes et une catégorisation des villes en 5 niveaux de la hiérarchie urbaine, tout en tenant compte du profil des étudiants (genre, âge, filières de formation, type de logement, origine sociale).
Les résultats mettent en évidence de fortes oppositions entre la situation des étudiants franciliens (en particulier en périphérie parisienne) et la situation des étudiants hors Ile-de-France. En termes d'état de santé ressenti et de pratiques d'activités physiques, si les étudiants les plus vulnérables sont les étudiants d'origine sociale modeste, en difficulté de logement, boursiers ou de nationalité étrangère, ces situations de vulnérabilité sont exacerbées dans la périphérie parisienne. Les pratiques de consommation d'alcool et de tabac sont plus fréquentes pour les étudiants les plus privilégiés (origine sociale aisée, inscrits dans des filières des grandes écoles de commerce ou d'ingénieurs ou dans des établissements implantés dans des grands centres urbains). Des ancrages régionaux persistent néanmoins et la situation des Départements et Régions d'Outre-Mer est très spécifique.
Ces travaux montrent que les états de santé et le comportement des étudiants varient en fonction de leurs villes d'étude et de la place que ces pôles de formation occupent dans la hiérarchie urbaine. Des variations régionales sont également bien confirmées, mais avec une distribution très différente que celles que l'on peut observer pour la population générale.


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