Un territoire de confins frontalier face à la pandémie de la Covid-19 : le bassin de vie du bas-Oyapock face aux confinements (Guyane française, Amapá brésilienne) ou le besoin d'une approche de santé transfrontalière
Valérie Morel  1@  , Sylvie Letniowska-Swiat  1@  
1 : Université dÁrtois  (UA)  -  Site web
Université d'Artois : EA2468

Le contexte et les effets de fermeture de la frontière nationale entre la collectivité unique de Guyane française et l'État fédéré brésilien de l'Amapá entre les mois de mars et de juillet 2020 imposés par la pandémie de la Covid-19 ont bouleversé le quotidien des habitants du bassin de vie fluvial du bas-Oyapock, où rive francophone et rive lusophone ne forment qu'un territoire du quotidien pour les habitants. Ce bassin de vie de confins, isolé des espaces centraux décisionnels (Cayenne et Macapa) vit dans une complémentarité territoriale organisée autour et par le fleuve qui loin d'être considéré comme une coupure est vécu comme une couture. Depuis 2017, et l'ouverture d'un pont transnational enjambant l'Oyapock, la frontière est plus prégnante dans la quotidienneté des populations du bas-Oyapock ; contrôles d'identité renforcés et mise en place d'une carte de transfrontalier pour les populations brésiliennes compliquent les mobilités au sein de cet espace structurellement transnational.
Au début de l'année 2020, la pandémie de Covid-19 a ajouté, comme dans de très nombreux endroits des contraintes dans les pratiques spatiales, mais à la différence d'autres marges frontalières, elles ont ici impliqué de fortes distorsions dans l'accessibilité entre les rives de ce bassin de vie.
Dans cette communication, nous nous proposons de porter notre attention sur l'organisation de la coopération entre les deux rives de l'Oyapock pendant la période d'urgence sanitaire, en identifiant les synergies d'action qui ont permis de dépasser les règles nationales respectives, plaidant ainsi pour la mise en œuvre d'une santé transfrontalière revendiquée tant par les usagers que les acteurs de ce territoire, mais aussi, d'analyser les impacts locaux de ces mesures restrictives de mobilité du fait de la forte interdépendance des communes-bourgs de Saint-Georges-de-l'Oyapock (Guyane) et d'Oiapoque (Amapá , Brésil). Les habitants du bas-Oyapock ont en effet particulièrement souffert du démantèlement des réseaux d'approvisionnement reposant sur la complémentarité d'une offre locale structurée entre les rives française et brésilienne mais aussi de la précarité des services de santé locaux. Ces conséquences du renforcement de la présence de la frontière en lien avec sa fermeture questionnent le nécessaire dépassement des limites dans les territoires de confins. L'analyse proposée repose sur la réalisation d'un RETEX (retour d'expérience) sur la gestion de la crise Covid-19 et des impacts de celle-ci sur les enjeux de santé publique à la frontière de l'Oyapock. Dans cet espace de confins, face aux enjeux de santé publique révélés par la crise, la constitution d'un territoire de santé transfrontalier, co-construit avec les gestionnaires de la santé, la société civile, les acteurs de la recherche, apparaît indispensable.


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