Exposition à la pollution atmosphérique et risque de cancer du sein : vers une prise en compte des mobilités quotidiennes dans les études épidémiologiques
Marie Ramel-Delobel  1, 2, 3@  , Thomas Coudon  3, 2, 1@  , Lény Grassot  4, 5@  , Delphine Praud  1, 6@  , Béatrice Fervers  1, 6@  , Pietro Salizzoni  3@  
1 : Département Prévention, Cancer, Environnement - Centre Léon Bérard  (Cancer environnement)
CLB Centre Léon Bérard
Cheney C, 28, Rue LAENNEC, 69008, Lyon -  France
2 : INSERM UMR 1296 Radiations : Défense, Santé, Environnement  (Radiations : Défense, Santé, Environnement)
CLB Centre Léon Bérard, Ministère des Armées, Service de Santé des Armées, Service de Santé des Armées
Cheney A, 28, Rue LAENNEC, 69008, Lyon -  France
3 : Laboratoire de Mecanique des Fluides et dÁcoustique  (LMFA)
Ecole Centrale de Lyon, Université de Lyon, Université Claude Bernard Lyon 1, Institut National des Sciences Appliquées de Lyon, Université de Lyon : UMR5509, Institut National des Sciences Appliquées, Centre National de la Recherche Scientifique
36 Av Guy de Collongue 69134 ECULLY CEDEX -  France
4 : INSERM UMR 1296 Radiations : Défense, Santé, Environnement
CLB Centre Léon Bérard, Ministère des Armées, Service de Santé des Armées
5 : Département Prévention Cancer Environnement
Centre Léon Bérard [Lyon]
6 : INSERM UMR 1296 Radiations : Défense, Santé, Environnement  (Radiations : Défense, Santé, Environnement)
CLB Centre Léon Bérard, Ministère des Armées, Service de Santé des Armées
Cheney A, 28, Rue LAENNEC, 69008, Lyon -  France

Un certain nombre d'études épidémiologiques observent une association entre l'exposition à long terme à la pollution atmosphérique et le risque du cancer du sein (Rodgers et al., 2018; White et al., 2018). Néanmoins, du fait du manque général d'informations sur les schémas activités-déplacements des sujets, les études épidémiologiques sur les effets d'une exposition chronique à la pollution atmosphérique prennent en compte la seule exposition à l'adresse résidentielle des sujets. Ce choix méthodologique peut conduire à des biais d'estimation (Basagaña et al., 2013).
Le travail de thèse de doctorat présenté ici1 s'inscrit dans le cadre du projet APoPCo2. Ce dernier vise à estimer l'association entre le risque de cancer du sein (10 000 sujets de la cohorte nationale française E3N) et l'exposition à long terme à la pollution atmosphérique (1990-2010, NO2, PM10, PM2.5) en considérant l'exposition chronique, aux adresses résidentielles et professionnelles et pendant les déplacements domicile- travail. La méthodologie d'estimation de l'exposition durant les mobilités est en cours de développement. Elle sera appliquée à l'échelle nationale et transposable dans d'autres études sur les effets de l'exposition à la pollution atmosphérique.
L'exposition individuelle à la pollution est calculée en tenant compte 1/des concentrations de NO2 et PM (estimées à l'aide d'un modèle LUR, résolution 50 x 50 m)), 2/des microenvironnements spécifiques des modes de déplacement, 3/de l'itinéraire et 4/du moment du déplacement Une fois l'exposition estimée, la dose inhalée est calculée en fonction de l'intensité du volume respiratoire liée au mode de déplacement.
Pour chaque sujet, la variation de l'exposition induite par chaque facteur (mode, itinéraire, volume respiratoire, horaire du déplacement ...) est ensuite évaluée, ainsi que l'influence sur la classification des sujets, et donc la mesure d'association avec le risque de cancer du sein.
Les premiers résultats sur la Métropole de Lyon - avant application à l'échelle nationale - ont montré que la dose de polluant inhalée lors des déplacements domicile-travail contribue en moyenne entre 5 et 10% à la dose quotidienne totale pour une part du temps relativement faible (3% du temps circadien) en comparaison du temps passé au domicile (64 %) et au travail (33%).
La marche est le mode qui contribue le plus à augmenter la dose inhalée (18% de la dose en NO2, 16% pour les PM10 et PM2.5), suivie du vélo (NO2 : 5%, PM10 : 13%, PM2.5
: 6%) et enfin de la voiture (NO2 : 2%, PM10 : 6%, PM2.5 : 1%). Cette hiérarchie s'explique par une activité physique plus importante – et donc un volume respiratoire accru – pour les modes actifs (Vélo : 23.5 L/min, Marche : 22.8 L/min, Voiture : 11.8 L/min (Zuurbier et al., 2009)).
Malgré une exposition associée plus forte, les modes actifs permettent une pratique de l'activité physique bénéfique pour la santé. Andersen et al. (2015) ont montré que la pratique d'une activité physique permettrait de réduire les risques de mortalité globale de 25%, y compris dans un environnement pollué. La prise en compte des bénéfices induits par l'utilisation des modes actifs permettra ainsi de compléter l'évaluation de la mobilité quant à son impact réel sur la santé.


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