Territorialisation d'un problème public : le cas des contaminations de la ressource en eau par les résidus de médicaments en France et en Suisse
Enzo Lana  1@  
1 : Transitions Energétiques et Environnementales
Université de Pau et des Pays de l'Adour : UMR6031, Centre National de la Recherche Scientifique : UMR6031, Université de Pau et des Pays de l'Adour [UPPA]

La proposition de communication part du constat de l'impact des résidus de médicaments sur les milieux récepteurs, notamment les milieux aquatiques (ANP1, 2019), ainsi que sur les incertitudes qui demeurent quant aux effets sur la santé humaine des contaminants « émergents », dont font partie les médicaments. Après la prise, la plupart des médicaments sont éliminés en grande partie par les reins, dans l'urine qui se retrouvent donc chargée en résidus de médicament. Ainsi, l'augmentation de la consommation de médicaments et l'état actuel des infrastructures d'assainissement (pas toujours en capacité de traiter ces résidus) posent les premiers jalons d'un problème d'ordre environnemental (Mazzitelli, 2017). Certaines études posent la question de savoir si des résidus de médicaments particulièrement persistants ne pourraient pas se retrouver jusque dans l'eau potable et ainsi constituer un problème de santé publique (Haguenoger, 2010). La question de la contamination de la ressource en eau par les résidus de médicaments fait l'objet d'une mise à l'agenda politique aux échelles européenne et nationales depuis une vingtaine d'années (Directive 2001/83/CE; CGEDD2, 2010) mais tarde à s'inscrire dans les agendas politiques locaux. C'est également devenu un objet de recherche en sciences humaines depuis une dizaine d'années ; mais à ce jour seules des métropoles ont été étudiées (Soyer & Gauthey 2018). Se pose donc la question de la territorialisation de cette problématique au niveau local et plus particulièrement dans des villes moyennes ou des territoires ruraux.

Sur la base de premiers résultats issus d'une recherche en cours mêlant des méthodes quantitative et qualitative et associant des étudiants, des enseignants-chercheurs, et des gestionnaires de la ressource en eau à différents stades du projet, la présente communication s'interrogera sur la (non)-prise en charge de la question des contaminants « émergents » par les sphères politiques et associatives locales. Seront également présentées les solutions expérimentées à ce jour, en France (mise en place de territoires tests, mise en œuvre du concept « One Health » - qui promeut une action intégrée, systémique et unifiée de la santé publique, animale et environnementale aux échelons planétaires, nationaux et régionaux) et en Suisse (réfection, adaptation et mise en réseau de plusieurs stations d'épuration). Plus largement, l'étude de la construction de cette situation en problème public nous amènera à questionner le statut du médicament au sein de nos sociétés. Objet d'étude à la croisée de plusieurs qualifications paradoxales, le médicament, initialement entendu comme une substance aux propriétés thérapeutiques, est aujourd'hui requalifié comme une substance polluante (Blot, 2016). Ainsi, la communication s'interrogera sur le rapprochement continuel des notions de «santé» et d' « environnement». D'un côté on assiste à une hybridation dans la dénomination, on parle aujourd'hui « d'éco-santé », de « santé-environnement », de « santé environnementale ». Et de l'autre, persistent des injonctions contradictoires entre les pratiques de santé et la gestion/protection de l'environnement.


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